TDAH de l’adulte : comprendre et accompagner

Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ne touche pas seulement les enfants. De nombreux adultes vivent avec ce fonctionnement neuropsychique particulier, parfois depuis longtemps et sans pouvoir le nommer. Certains reçoivent un diagnostic tôt dans leur vie. D’autres découvrent leur TDAH à l’âge adulte, après des années de malentendus, de fatigue ou de difficultés professionnelles.

Cet article propose un chemin clair pour comprendre les symptômes, l’évolution du trouble, le sous-diagnostic chez les femmes, les enjeux moraux, les médicaments et l’intérêt d’une psychothérapie. L’objectif n’est pas de figer qui que ce soit dans une étiquette. Il s’agit plutôt d’offrir des repères fiables et respectueux.

Décrire les symptômes : vivre avec une attention en mouvement

Contrairement à une idée répandue, le TDAH adulte ne se réduit pas à un simple problème de concentration. Il regroupe plusieurs manifestations qui créent ce que Martin Desseilles décrit comme une « mosaïque de fonctionnements ». Chacun porte la trace de son histoire, de son environnement et de son tempérament.

Le déficit d’attention reste l’un des symptômes les plus marqués. Beaucoup de personnes expriment une difficulté à rester concentrées sur des tâches longues ou répétitives. Elles vivent des oublis fréquents, des retards ou une impression de dispersion. Leur esprit ressemble parfois à un navigateur ouvert sur de nombreux onglets. Les idées s’enchaînent et se mélangent. Ce fonctionnement ne reflète pas un manque de volonté. Il traduit plutôt une grande sensibilité aux stimulations et une difficulté à hiérarchiser les priorités internes.

L’impulsivité occupe elle aussi une place importante. Elle se manifeste par des réactions rapides, des paroles lancées sans filtre ou des décisions prises trop vite. Ces comportements créent souvent des malentendus. L’entourage les interprète comme un manque de maîtrise ou une forme d’immaturité. Pourtant, l’impulsivité exprime surtout un traitement très rapide de l’information. Ce tempo interne devient difficile à canaliser dans les environnements exigeants ou bruyants.

Enfin, l’hyperactivité diminue avec l’âge, mais elle ne disparaît pas. Elle se transforme. Beaucoup d’adultes ressentent une agitation interne, un besoin d’activité ou une tension continue. Ils multiplient les projets ou s’ennuient vite lorsqu’ils doivent rester immobiles. Ce dynamisme peut devenir une force créative. Il peut aussi conduire à un épuisement profond lorsqu’il n’est pas accompagné.

Des origines multifactorielles 

Certaines idées simples circulent encore, comme celle d’un « gène du TDAH ». Pourtant, aucun gène unique ne détermine ce trouble. Comme le rappelle Martin Desseilles, le TDAH résulte d’une rencontre de plusieurs facteurs, biologiques, psychologiques et environnementaux.

Des variations dans la modulation dopaminergique et noradrénergique jouent un rôle. Cependant, elles n’expliquent pas tout. L’environnement affectif, scolaire ou social influence aussi le développement de l’attention, la régulation émotionnelle et les capacités de compensation. Ces éléments ne forment pas un destin, mais une dynamique complexe.

L’évolution à l’âge adulte : moins d’agitation visible, plus d’inattention

Avec le temps, le TDAH change de forme. L’agitation motrice visible chez l’enfant diminue souvent. L’hyperactivité devient plus interne : pensées rapides, besoin constant d’activité, tension intérieure. Cette transformation rend le trouble plus discret. L’entourage pense alors parfois que « tout va mieux ».

Pourtant, l’inattention prend plus de place. La vie adulte demande une organisation fine : travail, famille, administration, planification. Ces exigences créent une surcharge cognitive. Les personnes TDAH doivent fournir des efforts intenses pour suivre ce rythme. Le déficit d’attention s’intensifie alors, et les stratégies de compensation deviennent plus coûteuses.

« Le passage à l’âge adulte n’efface pas le TDAH ; il le transforme et le déplace. » — Martin Desseilles

Les femmes : un TDAH discret, silencieux et souvent sous-diagnostiqué

Les femmes sont largement concernées par le sous-diagnostic. Plusieurs raisons expliquent cette situation.

D’abord, leurs symptômes sont souvent plus internes. Elles montrent moins d’hyperactivité. Elles vivent plutôt de la fatigue mentale, de l’inattention, des ruminations. Ces manifestations ne dérangent pas toujours l’entourage, ce qui les rend moins visibles.

Ensuite, les attentes sociales influencent leur parcours. Beaucoup apprennent tôt à s’adapter, à anticiper, à organiser et à masquer leurs difficultés. Elles compensent énormément. Ce camouflage donne l’illusion d’un fonctionnement sans trouble, alors que cette adaptation demande un effort intense et quotidien.

Enfin, leurs symptômes sont régulièrement attribués à d’autres causes : charge mentale, anxiété, sensibilité. Cette confusion retarde le diagnostic et maintient une incompréhension profonde.

Les médicaments : un soutien possible, mais jamais une identité

Les traitements, les psychostimulants essentiellement, peuvent améliorer l’attention ou réduire l’agitation interne. Ils réduisent parfois la surcharge cognitive. Cependant, ils ne constituent qu’un outil parmi d’autres. Certaines personnes y trouvent un soutien précieux. D’autres préfèrent s’appuyer sur des ajustements du cadre de vie, des outils de régulation ou une psychothérapie.

Le médicament n’explique jamais l’identité d’une personne. Il accompagne un fonctionnement sans le définir.

Le poids des jugements moraux : quand le regard social blesse

La souffrance des adultes TDAH vient souvent moins du trouble lui-même que du regard posé sur eux. Les comportements liés à l’attention ou au temps sont souvent interprétés comme des défauts moraux : manque d’effort, paresse, immaturité, négligence.

Ces remarques répétées blessent profondément. Elles entament l’estime de soi et créent une confusion entre le trouble et la valeur personnelle.

Dans les milieux scolaires ou professionnels, ces incompréhensions peuvent mener à du harcèlement. Les personnes TDAH deviennent parfois des cibles faciles, non pas par fragilité, mais parce qu’elles fonctionnent différemment dans des cadres qui valorisent la conformité et la gestion parfaite des tâches. Avec le temps, elles peuvent se retirer socialement pour éviter les jugements.

« La souffrance du TDAH provient moins du trouble que de la manière dont il est accueilli. » — Martin Desseilles

Ce qu’une psychothérapie peut offrir

Une psychothérapie ne vise pas à corriger un TDAH. Elle aide plutôt la personne à comprendre son fonctionnement et à alléger les tensions qu’il crée. Beaucoup de personnes arrivent en thérapie avec un bagage lourd : honte, culpabilité, fatigue, confusion. Mettre des mots sur ce vécu apporte déjà un premier apaisement.

La thérapie permet d’explorer l’histoire personnelle, de repérer les mécanismes de compensation et de reconnaître les besoins réels. Les émotions intenses trouvent aussi un espace pour s’exprimer. La personne apprend à mieux les comprendre et à les réguler.

Peu à peu, elle reconstruit une continuité interne. Elle sort du cycle dispersion/épuisement. Elle retrouve une cohérence entre ce qu’elle vit et ce qu’elle souhaite devenir. Cette reconstruction de l’estime de soi occupe une place centrale. Elle permet d’aborder le monde avec moins de culpabilité et plus d’ancrage.

Conclusion

Le TDAH de l’adulte n’est ni une mode ni une simple étiquette. C’est un fonctionnement complexe, souvent mal compris, qui peut devenir source de souffrance dans des environnements rigides ou exigeants. Le reconnaître ouvre la voie à un mieux-être durable. Comprendre ce fonctionnement permet d’apaiser ce qui fait mal et de valoriser les forces qui s’y logent, comme la créativité ou la capacité à rebondir.

La psychothérapie peut alors soutenir les adultes TDAH dans un travail profond, pour les aider à retrouver une place plus calme et plus juste dans leur vie.

Pour compléter cet article , voici le livre cité dans l’article , ainsi que 2 vidéos pour le compléter.

« Manuel de l’hyperactivité et du déficit de l’attention » de Martin Desseilles, Nader Perroud et Sébastien Weibel

Ivan Daugey

Psy safe à Toulouse

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